Sauvons nos bistrots et la sécu!

Longmont, Colorado, le 28 octobre 2017.

La semaine dernière nous discutions, avec Sébastien et Tatiana, au sujet de Mc-Donald’s et faisions un même constat, étonnés : Dès huit heures du matin, le fast-food est rempli de personnes retraitées, âgées. C’est surprenant. Ils papotent en sirotant leur café (eau légèrement troublée, brûlante, crème et sucre à volonté) avec Fox-News sur les écrans et en fond sonore, durant une heure ou deux, avant de vaquer à leurs occupations respectives. Une fois concédé que la recette du café américain est différente et infecte mais qu’entre BFMTV et FOX-NEWS en revanche, rien ne diffère, nous arrivâmes quelque peu angoissés à la conclusion suivante : Aux USA, McDo c’est aussi un bistrot, l’estaminet du matin en quelque sorte, avec ses habitués !
A Sébastien et à moi, ça nous a fait un choc ! Du coup, on a re-bu un verre de vin en évoquant « nos » rades préférés. La Muleta, sur la place et face à l’église, est le lieu de toutes les rencontres dans mon village, du café du matin au dernier pour la route, bien des heures plus tard. Il y a que je trouve primordiales la gueule du bistrotier, la béquille rassurante d’un comptoir et les brèves de ses piliers qui éclaboussent de rires la salle entière, je me sens nostalgique de la tournée du patron les soirs de grandes faenas, de cet espace ouvert à tous les spectacles, improvisés ou pas et où tant de fois le monde fut refait.
La soirée se termina quand tout le vin fut bu et que nos considérations quant à l’avenir des bistrots français se firent terriblement alarmistes. Nous nous quittâmes après une embrassade fraternelle et titubante, le nez dans les étoiles, investis d’une mission vitale pour l’humanité et prêts à mener ce combat commun : Sauvons nos bistrots !
Ça a ronflé dans les camions.

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Une bonne semaine avant cet épisode sociologique et militant, nous sommes partis de Santa Cruz vers les grands parcs nationaux. On a visité Yosemite, sa chute d’eau de 700 mètres et ses dômes granitiques sans plus d’émerveillements que ça, puis nous sommes descendus vers la Death Valley, l’endroit le plus chaud et le plus bas des USA.
C’est un désert magnifique, fait de vallées lunaires et ventées. Nous y croisons Bill le coyote, maigre et ébouriffé et faisons la désagréable connaissance d’un Ranger du parc, à Zabriskie point. Il nous aborde dans l’attitude du flic avec qui tu cherches pas à discuter, flingue en évidence, menottes, matraque et tout l’attirail à la ceinture, et nous met une méchante prune de 280 dollars pour avoir utilisé le drone dans le parc national. M’enfin!? On a bien tenté de l’amadouer avec les enfants, le voyage, l’aventure, on savait pas, en toute bonne foi, on est français, on est désolé, mais le mec était aussi sec que l’environnement. Un caillou.
Vous seriez aimables, par conséquent, d’apprécier les images de la Death Valley, sur le clip d’Iban, à leur juste valeur. Merci.
Nous nous renseignons quand même et les locaux nous déconseillent de payer, argumentant que dès que nous changerons d’Etat, il ne sera plus possible de nous demander quoi que ce soit. Tout bien réfléchi, la voie de la sagesse nous indiquant que l’étranger doit toujours suivre les conseils de l’autochtone, nous quittons la Californie, direction le Névada. Nous traversons Las Vegas sans nous y arrêter, la seule vue de la Trump Tower, aussi dorée que bling bling, accélérant notre fuite. Notre prochaine étape sera le parc de Zion dans l’Utah, à deux heures de là.


Nous trouvons un spot pour la nuit à Virgin, sur le parking du parc de jeu municipal, via l’application iOverlander (je la conseille au passage à tous les baroudeurs, camionneurs et autres camping-cariste ). Il est 20h00 lorsque nous arrivons et nous garons à côté d’un vieux camping-car québécois, face aux toboggans et autres balançoires. Demain Amélie pourra en profiter.
Un peu plus loin, sous une terrasse couverte, il y a un petit groupe qui discute puis s’éparpille. On frappe à notre porte. J’ouvre et un couple souriant m’adresse un chaleureux « Bonsoir ! On a vu que vous étiez français à votre plaque d’immatriculation. »
Ils s’appellent Sébastien et Tatiana, viennent de la région parisienne et ont démarré leur voyage en juillet, au Québec, avec leurs deux filles, Elmina, huit ans et Soriane, trois ans. Ils ont traversé les Etats-Unis d’Est en Ouest et tout comme nous, ont prévu de visiter Zion Park le lendemain.

Mais le lendemain, nous sommes restés à Virgin. Les filles faisaient connaissance en jouant, chacune trop heureuse de trouver une copine française, et nous en discutant, avec grandissant au fil des heures, le sentiment qu’on allait bien s’entendre. La conclusion de notre première soirée, que vous connaissez déjà, le prouva. Les jours suivants furent aussi très agréables en leur compagnie. Nous avons échangé des lectures, des films, des idées, des opinions et des fous rires. Nous avons aussi convié André et Jacqueline, d’autres voyageurs français, dijonais eux, ainsi que leur fils Luc qui leur rend visite, à partager notre spot de Virgin. C’était fabuleusement franchouillard. On devrait se revoir au Mexique.
Le dernier soir, nous avons invité Amanda à partager une bière. La très sympathique voisine dont la maison se trouve en face de nos camions (ou l’inverse), ne tarit pas de questions sur la France. Les principes de la sécurité sociale ou de l’assurance chômage la laissent bouche bée, au moins autant que nos descriptions des fêtes de Bayonne. Nous sommes en pays Mormon et elle, l’athée, semble entendre parler d’une autre planète, une planète lointaine et merveilleuse appelée France.
Sachez par exemple que pour donner naissance à un enfant dans ce pseudo merveilleux pays des pseudos libertés, il vous en coûtera 10 000 dollars. C’est le tarif de base pour un service de maternité standard. Si vous ne les avez pas, vous devrez payer « seulement » 2500 dollars pour qu’une sage femme se déplace à votre domicile, seule, et dans le meilleur des cas assistée d’une de vos voisines les plus sympas. Si vous ne les avez toujours pas, démerdez vous !!! De nombreuses femmes, les plus pauvres, celles qui n’ont pas les moyens d’être en bonne santé, décèdent aux USA en donnant la vie.
Le rêve américain est un leurre que nous vendent les puissants. C’est nous qui faisons rêver les américains avec notre protection sociale (santé, code du travail, assurance chômage, etc) et nos fêtes de village. Qu’on se le dise ! Qu’on s’en souvienne !!!
Fin du paragraphe « conscience politique ».

Nous retrouverons Seb., Tatiana et les filles au Mexique. On les remercie en tout cas de nous avoir chargé, sur la tablette, un fichier contenant 11000 BD ! Du bonheur…

Au départ de Virgin, nous avons continué notre route vers l’Est en passant par le versant nord du Grand Canyon. On s’attendait à du grandiose et ce fut plus grand encore, gigantesque, inouïe, bref… une énorme claque !


Puis nous avons roulé jusqu’à Page, au bord du lac Powell, en pleine réserve Navajo. Là nous avons croisé un autre couple de français et leur fille et sommes allé voir un match de football américain ensemble. Il y eut la fanfare locale, les pom pom girls et une avalanche de touch-downs pour les locaux. C’était chouette. Ce soir là aussi,une violente bourrasque de vent nous a arraché un lanterneau de toit mal fermé. C’était moins chouette.
Une fois le hublot réparé par Céline, nous sommes repartis en direction de Moab et de Arches National Parc en passant par Monument Valley. Nous en avons encore pris plein la vue. Les arches naturelles, les Pitons majestueux et les falaises vertigineuses sont justes incroyables.
Dans ce décor de canyons, nous avons ensuite suivi le cours de la rivière Colorado jusqu’aux montagnes Rocheuses et l’Etat éponyme. Dans quelques jours nous serons à Denver, à Boulder puis chez notre amie Nehje à Longmont.

Longmont, Colorado, le 3 novembre 2017

Aujourd’hui c’est mon anniversaire, le 48ème.
Avec le décalage horaire, ma page facebook comptait déjà de nombreux messages amicaux lorsque je me suis réveillé. Quelle douce sensation ! Je m’aperçois aussi que l’éloignement ne signifie plus autant la séparation qu’il y a quelques années, c’est à dire avant les réseaux sociaux numériques. Ce matin, si loin, je surkiffe Facebook et vous tous qui m’avez adressé un petit mot. Je me sens chanceux. Il n’y a pas d’âge pour le voyage !
Nous sommes arrivés chez Nehje le 25 octobre et fûmes merveilleusement accueillis. Il y eut du vin, du fromage, de la charcuterie et une mignonette de Cognac XO que j’avais gardé pour l’occasion. Nous avons évoqué les années saint-severines de Nehje, lorsqu’elle venait manger régulièrement à Dèche Dise en compagnie de Yohan, son mari, désormais ex. Voilà quatre ans qu’elle est rentrée aux Etats Unis et nos retrouvailles réveillent une certaine nostalgie de ses cinq années françaises. Monty et Hayvela, ses enfants, ont évidemment bien grandi et Nehje nous présente Timothy son nouveau compagnon. Tim est un gaillard aux longs cheveux blonds, aime le vin au moins autant que moi et travaille à son compte comme « arborist ». Il est déjà tard lorsque nous terminons le Cognac et que je m’engage un peu légèrement à l’accompagner sur un chantier dès le lendemain matin. Vue l’heure à laquelle nous nous couchons, autant se dire « à tout à l’heure ».
Le café du réveil m’a laissé nauséeux et j’ai souffert en silence une bonne partie de la journée. Je me maudis de prendre ce genre d’engagement, tout à l’euphorie de l’enivrement nocturne. Mais enfin, j’ai tenu bon et hormis quelques prises de vues de Tim en action, je n’ai pas servi à grand chose. Ceci dit, le travail de bûcheronnage et d’élagage effectué par Tim est tout à fait impressionnant. Avant d’abattre un arbre, il lui joue un air de flûte, comme un dernier hommage, puis d’un geste sûr démarre sa tronçonneuse. Quant à l’élagage, il se hisse au sommet des arbres, encordé tel un alpiniste, scie et tronçonneuse à la ceinture. Chapeau l’artiste !
Durant ces quelques dix jours passés à Longmont, nous avons pu constater que l’état du Colorado est très, très sympa à vivre. Des concerts tous les soirs de la semaine à Boulder, à 10 miles à peine (16 km ), des motards sans casque, des retraités, des costards-cravates et des étudiants qui font la queue devant les dispensaires de cannabis, des marchés fermiers, des restos succulents et sans prétention, des voisins souriants et accueillants, etc. Un art de vivre ensemble où les préjugés ne sont pas les bienvenus. Welcome in Colorado ! S’il est un lieu, aux USA, où nous reviendrons, c’est bien là !
Amélie a fêté Halloween avec toute une tribu de gamins du quartier et en gardera sans doute un impérissable souvenir et quelques caries. Elle a un stock de bonbecs impressionnant !!
Pour mon anniversaire, nous nous sommes offert, Céline et moi, un vrai lit, c’est à dire une nuit d’hôtel et avons laissé les enfants chez Nehje. Apéro concert, petit resto, et re-concert au Bohemian Beer Garden avec un patron de rade qui, ravit d’avoir des français au comptoir nous remet tournée sur tournée. La nuit fut douce et belle …
Avant de partir, ce sera la soirée d’Iban et la réalisation d’une promesse faite avant notre départ de France : Nous irons voir un Big match de NBA. Pour le coup, ce fut un vrai gros match avec les champions en titre, les Golden State Warriors et ses stars contre les Denver Nuggets.
Désormais nous savons ce qu’est un show à l’américaine ! Ébouriffant !
L’après midi précédente il a aussi pu faire un entraînement de soccer avec les U15 de Longmont. Si techniquement il était largement au niveau, physiquement en revanche il a pas mal souffert. La condition physique se perd plus vite qu’elle ne s’acquiert…
Nous disons au revoir à Nehje et sa famille. Il fait froid dans le Colorado, la neige est là et nous on fait comme les oies sauvages que nous apercevons tous les jours, hautes dans le ciel : Nous migrons vers des contrées plus chaudes.
Direction le Mexique où nous avons rendez-vous avec Sebastien, Tatiana et leurs filles.
Affaire à suivre.

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