La route 307 en camping-car, Chiapas, Mexique

Valladolid, Yucatan, le 12 mars 2018.

Ça faisait longtemps….

Un bon gros mois que je n’avais rien écrit…

C’est qu’on a eu du monde à la maison et que nous avons savouré, profité.

C’est tellement bon de revoir et de recevoir des amis que le temps, tout à coup, s’accélère. Les moments partagés sont alors d’autant plus intenses, que tous, nous les savons éphémères. David, Lulu, Rosine, François, Jean-Daniel, nous avons adoré vous accueillir dans notre petite maison au si vaste jardin. Il me vient ces vers de Lamartine pour exprimer la façon dont j’ai vécu votre venue : « Aimons donc ! Aimons donc ! De l’heure fugitive hâtons nous jouissons !

L’homme n’a point de port, le temps n’a point de rive, il coule et nous passons. »

J’espère de tout cœur qu’on se reverra par là…

El Zocalo, au Mexique, désigne la place centrale de la ville ou du village et en arrivant à San Cristobal de Las Casas, quelques jours plus tôt, nous avons pris deux chambres à l’hôtel San José, bien situé, à deux pas du Zocalo donc. Là, Iban et Amélie occupèrent une belle chambre avec un immense lit chacun et Céline et moi savourions par avance l’intimité que nous offrirait cette semaine. L’idée d’une chambre rien que pour nous deux ouvrit de douces perspectives qui, de mon côté, tournèrent très vite auxxx fantasmes et auxxx promesses de nuits folles.

La première le fut tout particulièrement, folle : une quasi nuit blanche passée « al baño » en me tenant le ventre et me tordant de douleur, en me déshydratant par litres de la plus basse des façons et ce, jusqu’au petit matin qui me laissa épuisé et à moins trois kilos ! Céline m’apprit qu’Iban avait vomi durant la nuit, lui aussi malade. Ayant mangé le même plat la veille au soir, aucun doute n’était plus permis : nous étions victime d’un empoisonnement au Pozole (soupe de maïs et de viande), à la limite de la tentative d’assassinat. Je ne suis sorti de la chambre que deux jours plus tard, moribond, pour qu’un médecin m’examine et entame illico un traitement d’urgence en injectant un puissant antibiotique dans ma fesse droite, traumatisée depuis cet instant. Fort de ma douloureuse expérience et de mes conseils avisés, Iban réfuta le traitement intramusculaire et opta pour l’antibiotique par voie orale. En vieux chat échaudé, je fis évidemment de même pour les jours suivant.

Le matin du cinquième jour j’ai pu déjeuner normalement et accueillir David et Lulu à peu près requinqué. Pour les folles nuits, on attendra un peu….

Que c’est bon de revoir les amis !!!

On a flâné, on est sorti au bar Revolucion où on a bu des coups devant un bon concert, on a arpenté les rues et les marchés de San Cristobal donc, et avant de partir dans le Chiapas « profond », nous sommes allés à San Juan Chamula à cheval, par la montagne. C’était jour de carnaval et de fête alors que sur nos chevaux, nous avions sans doute un air un peu ridicule, mais qu’importe, c’était top !

Ce diaporama nécessite JavaScript.

 

Quelques jours plus tard, nous roulions en pleine jungle Lacandonne, longeant la frontière guatémaltèque, quand à l’entrée d’un village, nous fumes accueillis par un grand panneau sur lequel était écrit : «  Aqui el pueblo manda y el gobierno obedece ! Bienvenidos ! » ( Ici le peuple commande et le gouvernement obéit ! Bienvenus!).

Nous sommes en terre Zapatiste, pour sûr !

NB : J’aurais pu en rester là pour la rubrique politique, une phrase qui éveille une réflexion et c’est tout. Mais non, c’est pas le genre de la maison et je m’en excuse auprès de ceux que le sujet agace.

Alors Iban nous fait remarquer que cette phrase n’annonce que la mise en pratique d’un concept ancestral appelé démocratie. La discussion qui s’en suivit dans le camion souleva de nombreuses questions et tendit à démontrer qu’il était sain et sans doute urgent de revoir son application dans nos pays dits civilisés. Nous en concluons que depuis des lustres, les représentants du peuple ne représentent plus que les intérêts de ceux qui auront financé leur campagne électorale, qu’il s’agit essentiellement de grands groupes financiers ou industriels connus et notons que parmi eux, il s’en trouvent certains qui détiennent, entre autres, les grands médias, l’industrie du prêt-à-penser qui parviendra à faire élire leur poulain. Ce dernier le leur rendra bien, c’est la moindre des politesses… Et c’est ainsi qu’en France comme dans bien des pays, le gouvernement commande et le peuple obéit.

Le 1er janvier 1994, ici, au Chiapas, des hommes et des femmes se sont soulevés contre ce système pseudo-démocratique, formant el Ejercito Zapatista de Liberacion Nacional ( EZLN ) et ont entamé une lutte sans merci pour obtenir ce qu’ils expriment fièrement 24 ans plus tard.

Aqui el pueblo manda y el gobierno obedece. Bienvenidos !

Et Viva Zapata !

Nous avons continué sur la route 307 (voir vidéo: http://www.positiveslatitudes.com/mexique-chiapas-route-307-partie-1/

) et avons fait une escale à Las Nubes, en pleine jungle à 25 km de piste de la route principale. Là, le tumulte de la rivière évoquait sa puissance et plus bas, en empruntant un chemin jusqu’aux chutes, ce tumulte devenait fracas assourdissant. Nous sommes passés à tour de rôle sur une passerelle branlante et là, sous nos pieds, la rivière n’est plus que violence et furie. Puis nous grimpons à flanc de jungle, dans sa moiteur étouffante, pour parvenir au sommet d’une montagne et découvrir un panorama somptueux. Là, tout en bas, la rivière débouche et plus qu’elle ne s’écoule, elle s’étale en gigantesque flaque et inonde la plaine en prenant ses aises le plus langoureusement possible. Il ne manquait que Tarzan au tableau.

Le lendemain nous allons à Las Guacamayas et il n’y a désormais plus de différences entre l’état de la route et celui de la piste. Nous faisons du 20km/h en slalomant entre les trous, les affaissements de bitume ou parfois même ses effondrements. Il aura fallu 120 km de concentration et de tension pendant six heures franchement éprouvantes ! Enfin arrivés, toujours plus profondément dans la jungle, nous sommes accueillis par le cri rauque des singes hurleurs. Heureusement d’ailleurs que nous connaissions leur origine, sans quoi nous aurions été terrifiés. Ce cri puissant et guttural ( c’est l’animal le plus bruyant au monde!) se rapproche plus du rugissement d’un gros félin, type lion ou jaguar, et la nuit il résonne dans la jungle comme gronde un tonnerre, impressionnant. On a juste envie de se cacher. Le singe hurleur c’est le big-boss du quartier.

Ce diaporama nécessite JavaScript.

 

Le prince de la jungle en revanche c’est le guacamaya, qui donne son nom à ce coin de jungle perdu, et qui éblouit quiconque l’aperçoit dans la canopée. Il s’agit du grand perroquet rouge dont le nombre d’individu en liberté se réduit comme peau de chagrin au fil des ans. Nous avons eu la chance incroyable d’en admirer un couple qui batifolait dans les cimes avoisinantes. Sur une branche dégagée, ils se faisaient des bisous (vraiment), se racontaient des histoires de perroquets ( j’imagine) ou sautillaient aussi bruyamment que gaiement. Un troisième larron de leur espèce vint alors interrompre leur discussion et par la même leur intimité, ce qui provoqua leur envol. Et c’est encore ça le plus beau : Un flamboiement d’ailes, éclairs de rouge, de jaune et de bleu que suit, flottant avec grâce, le long panache ondulant de la queue.

Nous prenons conscience de la grande rareté du spectacle auquel nous assistons et le considérons, dès lors, comme la récompense à notre harassante journée. Quelques singes araignées viendront compléter le bestiaire emblématique du coin, prenant des pauses totalement impudiques qui feront rire tout le monde.

Nous quittons Guacamayas pour Yaxchilán le lendemain et après cinq kilomètres de pistes ou de route, on ne sait plus, nous sommes contraints de rebrousser chemin. La route n’est plus ! Paix à son âme… bien plus qu’à la nôtre. Elle est effondrée sur environ 25 mètres, à quatre ou cinq mètres en contrebas, et s’avère infranchissable avec notre Franky. Alors que je me posais encore la question d’une improbable faisabilité, un gros pick-up venant d’en face franchit difficilement le passage et me dit qu’un peu plus loin, un autre effondrement a eu lieu, encore plus dangereux. Nous devons faire demi-tour ! Il est 9h30, notre destination est à 50 km à vol d’oiseau et nous devrons en faire 200 sur une route cauchemardesque. Il est 17h lorsque nous arrivons, épuisés.

Nous bivouaquons dans le village qui sert d’embarcadère pour les ruines mayas de Yaxchilán, seulement accessibles par la rivière, à une heure de navigation. Juste en face, à 150 mètres à peine, sur l’autre rive, c’est le Guatemala ( voir vidéo : http://www.positiveslatitudes.com/mexique-chiapas-route-307-partie-2/ http:/  ) .

Le passage en pirogue nous est annoncé à 2400 pesos pour huit personnes. Avec David et Lulu nous sommes six et nous rencontrons un jeune couple de basques pour compléter l’embarcation. Après négociation nous partons pour 1200 pesos. Ici, tous les prix se discutent.

Une heure plus tard nous débarquons directement sur le site. Il est grandiose, niché sous la canopée, et endormi depuis des siècles au bord du fleuve. Nous sommes seuls et nous sentons aventuriers et explorateurs. Qui Dora l’exploratrice ? Qui Indiana Jones ? Qui Esteban des Incroyables Cités d’Or ? Les deux heures imparties pour la visite ne nous permettront pas de tout visiter. Ça grimpe sévère avec ou sans escalier, il fait une chaleur étouffante, le site est immense, et aux vues de nos derniers jours passés, nous sommes tous à court d’énergie quand sonne l’heure du départ. Une averse nous douche sur le trajet du retour et une fois débarqués nous décidons de rejoindre un peu de civilisation et en l’occurrence la ville de Palenque, à deux heures de route. On est crevés mais tant pis ; la jungle c’est beau, c’est grand, ça épuise et ça, ça va bien cinq minutes.

Ce diaporama nécessite JavaScript.

Cette semaine de traversée de la jungle Lacandonne a été à ce point éprouvante que le soir même, dans un bistrot de Palenque, nous décidons de quitter le Chiapas dès le lendemain matin pour l’état de Campeche voisin et les eaux cristallines du golfe du Mexique. Dans quelques jours nous avons rendez-vous à Merida avec Rosine et François qui viennent nous rendre visite. Nous y fêterons aussi l’anniversaire de David.

Nous arrivons dans le village de Sabancuy le lendemain vers midi et nous arrêtons face à la mer, à l’endroit même où nous la rencontrons c’est à dire au croisement de la route qui la longe. On traverse et on se gare. La plage est aussi belle que déserte et la blancheur du sable flatte le délicat turquoise de l’eau. L’air brûlant nous invite rapidement à chercher l’ombre et nous la trouvons sous un toit de palme tout proche, un bar-resto de fortune qui possède un frigo et des bières fraîches. Bon ben … on va rester là hein ? Kessouzenpensez ? A l’unanimité, que du bien, et David et Lulu étrenneront leur hamac sous la palapa, ce soir là, bercés par le ressac. Hier encore on comptait les toucans et les singes, dans la jungle et juchés sur des pyramides mayas.

Quel pays tout de même !

On est arrivé deux jours plus tard à Merida, sous un soleil de plomb et avons retrouvé nos deux autres amis, comme prévu. S’en suivirent deux soirées de bringue dans les rues de Merida, l’une pour fêter les retrouvailles, normal, et l’autre pour célébrer une pige de plus au compteur de David, normal. Apéritif au Ricard et digestif à l’Armagnac de chez Sourbès, excusez du peu après huit mois de continent américain ! Le pied majuscule ! (même si ça veut rien dire).

Là dessus et quelque peu vaseux, (surtout vaseuses d’ailleurs) nous repartons tous les huit à Sisal, à une heure de là, sur la côte. Et de la même façon que j’appréhendais mon retour à Zipolite, le retour à Sisal vingt-cinq ans plus tard, qui plus est avec Boni (nous y étions ensemble en 1994) me laisse dubitatif. Les souvenirs que nous en conservons l’un et l’autre font partie de ces moments de vie, synonymes d’indélébile bonheur.

Sapo, le pêcheur de requins que nous avions rencontré alors, est-il toujours là ? Le village endormi s’est il ouvert au tourisme de masse ?

Je vous propose une pause et me colle à la rédaction de notre retour à Sisal. Vous en saurez plus d’ici très peu. Promis !

Affaire à suivre, donc.

PS/ Si vous avez des questions, n’hésitez pas à nous en faire part, nous y répondrons avec bonheur.

 

2 commentaires

  1. waouhhh quel voyage , quelle aventure ! si vous hésitez à rentrer comme je vous comprendrais !! en attendant inutile de vous dire de profiter de chaque instant on voit que vous le faites si bien ! bonne continuation merci pour votre partage ! muxu de nous deux

    1. Effectivement le retour n’est pas à l’ordre du jour, on n’y pense pas encore, la terre de feu est encore en loin.
      Unos besotes para los dos

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *