De la Vallée de l’Okanagan à Vancouver : cueillette des pommes et fin du voyage au Canada.

Kéréméos , B.C., le 20 septembre 2017

Ce matin, Céline est au volant et je me mets au clavier. Bientôt trois semaines que je ne l’avais pas titillé….
Nous passons devant le panneau « VANCOUVER 356 », il est 7h00 et nous allons enfin voir l’Océan Pacifique. Yeah !
Au début du mois, nous avions décidé d’aller faire un tour du côté de l’Okanagan Valley avec l’espoir d’y faire les vendanges et des rencontres. Nous avons commencé par une grosse semaine dans les fumées d’incendies, puis nous sommes posés à Kéréméos pour la récolte des pommes (faute de raisins mûrs), dans le verger de Rahma et Mandi, et autant vous dire qu’on s’en souviendra.
Puis les cours du CNED pour les enfants sont arrivés au Consulat de France de Vancouver et nous allons les chercher, le cœur joyeux, les mains abîmées, le porte-monnaie plein et le dos en compote.

Nous avons donc débuté par dix jours, sur plus de mille kilomètres (de Prince Georges à Osoyoos pour ceux qui veulent situer), en apnée dans un nuage de fumée, passablement piégés dans la peau de fumeurs passifs contraints, 24h/24h. Bon… On finirait bien par en sortir !
En attendant, de-ci, de-là, les vestiges carbonisés des forêts noircissent toujours les flancs des montagnes et par endroits, au grès de nos bivouacs nocturnes, nous apercevons les lueurs orangées de feux encore actifs. C’est joli mais ça craint ! British Columbia is burning !

 

Durant trois jours, nous avons proposé notre aide dans quelques chais ou vergers de la région et c’est à Kéréméos, non loin de la frontière US, que nous avons trouvé du travail : Apple picker ou, pour les anglophobes, cueilleur de pommes.
Tout est normalement très sec dans cette vallée au climat méditerranéen. La rocaille domine et seuls quelques pins clairsemés s’accrochent sur les hauteurs environnantes. Dans la vallée, les cerisiers, pêchers ou pommiers s’étirent en épais tapis vert autour de la Similkanen River. Nichée au beau milieu de cette forêt de fruitiers, se trouve la ferme de Rahma et de sa femme Mandi, tous deux originaires du Punjab en Inde, et installés au Canada depuis vingt ans.
Il y a là, dans la pelouse du jardin, trois tentes igloo et quelques jeunes que nous saluons au passage, puis nous arrivons finalement devant la porte d’entrée et sonnons pour proposer une nouvelle fois nos services. C’est une femme d’origine indienne qui nous ouvre et règle les détails de l’affaire en deux-deux, sur le pas de sa porte: « Demain matin à 7h00 et le tarif c’est 22 dollar/bin. Ok ? ».
Bon, ben yes, c’est ok !
En repartant, Iban et moi nous regardons, le même sourire malicieux au coin des lèvres.
« T’as vu ?» je lui demande.
« Ouais ! Elle aurait pu se raser. Elle a une beubar de ouf ! » qu’il me répond. Et nous voilà tous deux, partis d’un de ces rires dont on pourrait avoir honte tant il était ironique.

La suite nous prouva qu’on n’aurait pas du se moquer de ce signe extérieur de virilité car la récolte des pommes, c’est vraiment pas un truc pour première communiante. A tel point, que deux jours plus tard nous passions à 25 dollars/bin, puis 28 pour la repasse. Vamos luchando !
On nous a attribué un « bucket » à chacun, sorte de sac-à-ventre dans lequel nous pouvons mettre environ quatre-vingt pommes et que nous vidons dans une grosse caisse en bois appelée « Bin ». Quand le Bin est plein, il faut une bonne heure à deux pour y parvenir, on a gagné 22 dollars. Du travail à la tâche, en somme, permettant toutefois à chacun d’organiser son temps.
Nous attaquions la journée à 7h00 et l’arrêtions généralement vers 15h. La première cession nous a vu empocher 660 dollars pour 4 jours de boulot, à trois, et la deuxième semaine, 750 dollars en cinq jours. Mais qu’est-ce-que c’est éprouvant ! Des pieds jusqu’aux épaules, le corps est malmené. Monter et descendre de l’échelle le bucket plein est non seulement « casse-gueule » mais aussi très physique. Les mains sont écorchées par les branches et les épaules complètement mâchées par la succession des remplissages.
On a gagné près de 1500 dollars en 9 jours de travail et avons terminé exténués mais fiers de notre expérience de travailleurs immigrés illégaux. Je le répète à l’attention des gens qui ne supportent pas ça. Si, si, j’insiste, ça me fait plaisir. Nous nous sommes sentis fiers de notre expérience de travailleurs immigrés illégaux.

Il n’empêche que pour supporter ces souffrances, nous sommes allés consulter chez « Cana-Clinic weed dispensary » où, vous l’aurez peut-être compris, le cannabis se vend sous de multiples formes afin de soulager multiples maux. La Colombie Britannique a en effet légalisé ces points de vente et presque chaque village dispose du sien.
Alors, sentant mes vieux lombaires, déjà éprouvés par la route, se crisper davantage et craignant qu’ils ne s’enflamment ou ne se coincent carrément, j’ai décidé de la mise en œuvre d’une auto-médication aussi préventive que douce. J’ai acheté des bonbons à sucer, à la cerise et au THC. Non seulement ils étaient très bons mais en outre, voyez-vous, je me suis senti beaucoup mieux et ô combien rassuré. J’aurais pu avoir très mal au dos… et bien non ! J’ai su faire face à l’adversité et m’adapter à la thérapeutique locale. Du coup, Céline, étant en proie à quelques raideurs de nuque et après avoir consulté un chiropracteur qui l’a surtout soulagé de 70 dollars, a opté, elle aussi, pour la médecine rasta. Dès lors, trente minutes après avoir sucé son bonbon à la cerise, elle a terminé son traitement dans un profond sommeil réparateur et s’est levée le lendemain matin complètement détendue.
Nous avons envisagé l’achat prochain de suppositoires, réputés incroyablement efficaces, d’après le pharmacien, mais ça me gêne … tout de même !
Quoiqu’il en soit, nous prenons soin de nous, ne vous inquiétez pas.

Ceci dit, nous avons rencontré et échangé avec d’autres bourlingueurs et notamment Victor et Andrea, un jeune couple de chiliens très sympas, buena onda ! Nous nous croiserons peut-être au Chili, les réseaux sociaux nous permettant de rester facilement en contact.
Il y avait aussi Mila, un géant tchèque, véritable machine de guerre pour récolter les pommes, qui s’envolera pour l’Australie fin novembre afin d’y faire la saison des fruits. Il reviendra ensuite au Canada et ainsi de suite, toujours en été. Un dans l’hémisphère nord et un dans l’hémisphère sud. Nous avons aussi croisé un couple de jeunes mexicains amoureux de la France et en route pour le Québec afin d’y perfectionner leur français plus, chaque jour, un ou deux latinos supplémentaires venus glaner quelques sous à la journée.

Amélie, quant à elle, a passé son temps entre dessins animés, trampoline dans le jardin, cahier de vacances CE1, mission d’assistante porteuse d’eau pour les travailleurs, re-trampoline et re-dessin animé. Elle fut, elle aussi, contente de reprendre la route.

Le consulat de France de Vancouver nous ayant confirmé l’arrivée de nos colis dans leurs locaux, ( deux pour les cours d’Iban et un pour ceux d’Amélie), nous saluons nos compagnons de travail et offrons à chacun la possibilité d’une douche chaude dans notre camion « business class » comme l ‘appelle Victor. Céline a préparé des tartes aux pommes que nous partageons avec eux. Bonne route, latcho drom, buen viaje, enjoy your trip ! Nos vamos!

Vancouver, le 22 septembre 2017.

Nous avons récupéré les cours du CNED, trois cartons de cours corrigés et de devoirs à rendre, et sommes allés nous poser sur un parking du Stanley Park, réservé aux membres du Yacht Club de la ville dont nous faisons partie, bien entendu. Le lieu nous fut indiqué par les jeunes chiliens et il est incroyable : en plein cœur de Vancouver, au bord de l’eau (yacht club oblige) mais aussi sous les séquoias gigantesques de ce bout de forêt primaire. Ainsi, nous bivouaquons pour 6 dollars les 24h et profitons de la ville à pied. En priorité et en urgence, nous allons claquer une partie de nos dollars tombés des pommiers, en bons restaurants. Japonais notamment…
Le centre ville de Vancouver est très moderne avec des pistes cyclables partout et de larges et longs paseos ombragés pour les piétons. Le reste de l’agglomération, c’est tout de même beaucoup d’embouteillage. Il nous a fallu près de cinq heures pour en sortir.

C’est l’automne et désormais, officiellement, il fait frais-froid au Canada, y compris à Vancouver. Nous aurons même vu la première neige tomber sur les hauteurs de Kéréméos la veille de notre départ.
L’heure de la migration vers les tropiques a sonné. Ce soir nous dormirons plus au sud… aux Etats-Unis exactement. Et puis nous dormirons, le soir d’après, plus au sud encore.
Affaire à suivre….

8 commentaires

  1. Très beau final au Canada avec la cueillette des pommes. Félicitations aux 3 travailleurs pour leur dur labeur. Amélie ma puce, la photo derriere le panneau et surtout quand tu tiens la pomme….tu es trop belle. J’adore ton sourire canaille qui en dit long sur le bonheur que tu prends à vivre cette aventure. Descendez vite vers le soleil …..préparez les tops, shorts et tongs. Mille bisous à tous les 4

  2. Salut Amélie, c’est Gabin S. ! Cette année, je suis avec Mr Dastouet et c’est super cool, dommage que tu ne sois pas là ! Surtout il a l’air super cool ton voyage autour du monde.
    Bisous.

  3. Ça donne envie de monter le chiffre, vendre et faire de même hihihi Continuez de nous faire rêver !!! Bon vent …. Gros Bisous à toute la famille

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