De Rocky Mountain House à Mount Robson,

    Mont Robson, Colombie Britannique, le 9 août 2017.

Nous avons encore gagné une heure aujourd’hui !
En passant de la province d’Alberta à celle de British Columbia, nous avons franchi un nouveau fuseau horaire et depuis notre départ de Halifax, sur la côte Atlantique, c’est le quatrième. Désormais ce sont neuf heures qui nous décalent du temps français, avec tout de même ce sentiment bizarre de s’éloigner un peu plus de la maison et surtout des proches. C’est pourtant pas grand chose, une heure !
Nous sommes donc officiellement dans la Pacific zone time, un peu plus tôt que tout à l’heure, vous l’aurez compris, mais en vérité, la bourlingue filant, on se perd carrément dans les jours et les dates, de sorte que nous sentons venir non plus un décalage mais un décrochage : Out of Time Man !

Abraham Lake

Ceci dit, nous ne sommes pas arrivés au pied du Mont Robson ( plus haut sommet des Rocheuses canadiennes s’il vous plaît) par l’opération d’un simple d’esprit. Non ! Nous sommes vaillamment sortis des plaines vers Rocky Mountain House, en Alberta, et sommes rentrés là, dans la montagne.


Et après une centaine de kilomètres, alors que les sommets rocailleux commencent vraiment à en imposer, voilà que nous longeons, à leurs pieds, un lac aux eaux turquoises. Sur la carte est écrit : Abraham Lake.
Tandis que nous roulons, Céline et Iban repèrent un chemin qui s’enfonce dans la forêt, en direction du lac. Illico presto, nous faisons demi-tour et nous garons sur le bas-côté, mère et fils descendant inspecter les lieux à pied, prudemment, avant que nous n’y engagions Franky. Ils reviennent tranquillement, quelques minutes plus tard, sourire aux lèvres et convaincus d’avoir dénicher un spot de rêve.
Et ben vous savez quoi ? Ce fut le cas !

Sunrise

Nous avons pris le chemin et bivouaqué une semaine sous cette forêt de sapins, en bordure du lac, partageant les sous-bois et les plages de galets avec des locaux, connaisseurs du lieu. L’ambiance y fut vraiment canadienne et sympa ! Enfin, chacun devait être totalement autonome sinon, les courses, c’est à 120 bornes ! Bien entendu, nous n’étions pas au plein d’eau, loin de là, et pas terrible non plus en terme de nourriture. Alors deux jours après, on s’est cogné l’aller-retour ! Ici ça n’a surpris personne et ça semble même plutôt commun puisque d’autres que nous ont aussi fait le voyage de ravitaillement. Dans tous les cas, ça valait largement le déplacement.
Les journées furent remplies de promenades, de pêche, de lecture, de bullage, de ramassage de bois pour le soir, de guitare et de sculpture de bâton de marche. Les soirées, invariablement, se passèrent autour du feu de camp, avec en prime le bonheur d’y cuire la truite pêchée dans la journée.

Bull-trout

Nous avons savouré cette pause, lentement, durant six jours, puis nous sommes dirigés vers le parc national de Jasper.

La route que nous avons empruntée ce matin là est tout bonnement somptueuse. Elle serpente au cœur des rocheuses depuis Banff, en altitude et sur près de 300 km, entre lacs émeraudes, forêts de sapins et glaciers juchés à 3500 mètres en moyenne, pour finir son échappée belle à Jasper. Elle se nomme la Icefields Parkway, la promenade des glaciers. C’est un spectacle à couper le souffle !
Cependant, il en est un autre qui procure tristesse et remise en question.
En effet, des milliers de touristes du monde entier, dont nous-même, accourent dans cet écrin naturel à bord d’autant de bus, camions, camping-car, pick-up et tous types de véhicules plus polluants les uns que les autres pour constater que les glaciers ne sont plus d’immenses champs de glace. Aujourd’hui, on devine seulement qu’ils l’ont étés, aux vastes plaines rocailleuses et polies qui s’étendent à leurs pieds. Ils fondent, se retirent et nul besoin d’être spécialiste en la matière pour le constater.
Comble du cynisme et de la bêtise réunis, l’attraction phare du parc naturel, c’est de payer une centaine de dollars son tour de Icebus. Ce sont des bus mutants, équipés de roues spéciales, énormes, qui amènent les touristes non pas plus près du glacier mais SUR le glacier. Ils roulent sans vergogne et remplis de crétins selfies-dépendants sur la triste langue de glace gris-sale de l’Athabasca. C’est à chialer tellement c’est con !!!
Que faire ?
Ni une ni deux, je décide sans consultation particulière : on se casse !
Je me sens nauséeux, victime d’écœurement, autant par ce tourisme massif et destructeur, que par ma propre participation à ce grand n’importe quoi.

Ces montagnes sont victimes de leur incroyable beauté et en deviennent convoitées à outrance. J’aurais aimé ne pas voir une telle foule et je me console en pensant que nous sommes au plus fort de la saison touristique. Elle sera terminée dans deux ou trois semaines.

Souvent nous croisons ou dépassons des cyclotouristes, chargés de bagages et de courage et je me surprends, un peu nostalgique de mes vertes années, à les jalouser…. surtout dans les descentes ! Je raconte alors à Iban quelques souvenirs heureux de Patagonie ou d’Himalaya, lorsque je pédalais sans trop savoir pourquoi. Je retiens surtout et je lui en fais part, que c’est bien après être rentré de ces voyages que j’ai découvert ce que j’étais parti chercher.
Sujet de méditation. Nous en reparlerons sans doute.

En attendant, ce soir, Amélie joue avec ses pet-shop, face à moi sur la table et à la lueur d’une lampe à gaz. La soirée est douce et nous sommes tous les deux sous la tente moustiquaire tandis que Céline et Iban sont dans le camion. Ce dernier nous rejoint avec son ordi sous le bras et m’invite à visionner sa dernière réalisation vidéo. J’interromps mon écriture volontiers alors qu’Amélie célèbre le mariage de deux pet-shops en chanson.
Je me délecte encore une fois de son nouveau clip. Il évoque notre voyage et pourtant je le vois nous parler de lui. Ses vidéos lui ressemblent. La Mano Negra en bande son : Out of time man.
Affaire à suivre.

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5 commentaires

  1. Mon fils..ma belle fille et mes petits enfants nous sommes heureux de vous voir aussi pleins de souvenirs et de belles choses que ce monde nous fait partager. Continuez de savourer ces moments et peut-être qu’un soir d’hiver nos petits enfants nous raconterais tte cette aventure. Gros bisous à tous les 4…on vous aime…..papa…papy….mamie

  2. Quel plaisir de vous voir heureux sur ces vidéos superbes !!!! Nous sommes toujours en attente des prochaines aventures !!!! Je suis aussi consternée par la bêtise des hommes !!!! Mamie vous aime beaucoup et vous envoie plein de bisous, j’ai hâte de venir vous voir 😘

  3. coucou à vous quatre
    vous me faites voyager avec vous et c’est magique
    que de beaux paysages, la nature est belle !!!! j’attends la suite avec impatience….

    bisous à vous 4 de Bayonne
    Jacqueline

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