De Lima à Arequipa en passant par le Machupicchu avec papi Mich’

Arica, Chili, le 14 novembre 2018.

On est arrivé l’autre soir au Chili après un passage frontière plutôt tranquille si ce n’est que là, en plein milieu d’un désert d’une rare aridité, les douaniers nous ont gentiment vidé le frigo de nos fruits et légumes. Ils ont fait ça bien, avec le sourire. Du bon boulot, rien à dire !
On est entré dans Arica en fin d’après-midi, quinze kilomètres après, et avons découvert d’emblée le décalage auquel nous nous attendions : le niveau de vie semble ici bien supérieur. L’entrée de ville présente un alignement de logements modestes, tous les mêmes, coincés entre la panaméricaine et le désert mais, différence notoire par rapport au Pérou, ces habitations sont construites en dur et forment un quartier. Ça change tout ! Le centre-ville lui, se pare de larges avenues bordées de palmiers artificiellement abreuvés et de rues piétonnes remplies de commerces et de terrasses de cafés bondées. Nous nous garons, pas loin et en bout de malecon, au plus près d’un célèbre spot de surf dont nous parle Iban.
D’ailleurs, le lendemain matin il est déjà à l’eau quand un vieux camion arrive et se gare à côté de nous.
Elle, c’est Marcella et lui c’est Chico Nelson. Tous deux voyagent et vivent de leur musique, de leur peinture, de leur commerce. Ils sont venus acheter des pierres semi-précieuses et des bijoux déjà montés au Pérou. Ils repartiront ensuite vers les plages du sud du pays pour y faire la saison d’été, soit, dans cet hémisphère, de décembre à mars. Nelson a la soixantaine, est du genre costaud-court-sur-pattes et arbore une fraîche et impressionnante blessure sur un crâne pelé, tuméfié et recousu. Il est tombé du toit de son camion dimanche dernier alors qu’il amarrait les malles de voyage. Quand il quitte sa place de chauffeur et vient nous saluer, malgré l’infinie douceur de son regard il me fait penser à une bûche de bois dur. Il a été militant socialiste et à ce titre, prisonnier politique durant la dictature puis exilé à Cuba.
Marcela est plus jeune. Elle est née et a grandi à Berlin-Est, dans l’ex-RDA, jusqu’à ses onze ans. Ensuite, elle vivra elle aussi quelques années d’exil à Cuba et toujours sous le statut de réfugiée politique. On comprend mieux son parcours quand elle nous révèle être la fille de Hernan Del Canto, ministre de l’intérieur et homme de confiance de Salvador Allende. Elle nous montre alors des photos de son père en compagnie du Président Chilien, à La Moneda et quelques jours avant le terrible 11 septembre 1973. Nous passons une première semaine chilienne incroyable en leur compagnie, faite de parilladas en bord de mer et de discussions interminables sur la marche du monde, son histoire, son tumulte actuel, ses luttes et ses futurs plus ou moins probables. Quel bonheur !
Ils vont rester quelques jours de plus à Arica, tranquilles, le temps que El Chico Nelson termine sa convalescence et se fasse découdre. Nous nous reverrons sans doute ; le contact est bel et bien établi.
Nous pensions passer rapidement en Argentine mais on dirait que le Chili souhaite nous réserver un accueil inoubliable. On va se laisser faire…
Mais juste avant ces premiers pas chiliens rapidement décrits ci-dessus, sachez qu’il y en a eu beaucoup, beaucoup, beaucoup, vraiment beaucoup, au Pérou. Les voici ci-dessous.

Nous avions déjà pas mal crapahuté dans le nord du pays quand nous sommes arrivés à Lima, deux jours avant Papi Mich’, histoire de préparer son accueil. On s’est garé sur le parking d’un marché couvert, proche de l’aéroport et dans un quartier populaire, puis sommes allés réserver une chambre d’hôtel sympa et confortable, à deux pas de là, pour sa première nuit péruvienne. La réception à l’aéroport s’est passée nickel et pendant que nous l’attendions, le jeu consistait à être le premier à repérer son casque argenté, impossible à confondre. Il est apparu à vingt heures et quelques dans le hall des arrivées puis, tout en discutant, nous avons marché quelques « cuadras » jusqu’à l’hôtel. Nous lui exposons le programme prévu : une semaine pour nous rendre jusqu’à Nazca, une autre pour rallier le Machu Picchu et une dernière qui nous conduira au lac Titicac et enfin Arequipa, d’où il pourra s’envoler à nouveau pour Lima et la France. Ça fait une sacrée boucle !
Ce premier soir à l’autre bout du monde Michel n’a pas faim et comptes tenus du long voyage effectué et du décalage horaire, il préfère ne pas trop tarder à se coucher. En France il est cinq heures, Paris s’éveille. Nous lui signifions toutefois notre intention de partir relativement tôt le lendemain, jusqu’au site archéologique de Pachacamac. Réglés sur le soleil, nous nous levons quotidiennement avant sept heures et en conséquence, nous l’invitons à nous rejoindre au camion dans la matinée, dès qu’il serait prêt. À cinq heures trente et frais comme un gardon Papi Mich’ tambourinait à la porte du camping-car, carte Michelin en main et appareil photo en bandoulière ! Nous découvrons alors, hirsutes et ensommeillés, un redoutable chasseur de ruines dans les starting-blocks !
On a démarré environ deux heures après, la précipitation étant réputée mauvaise voyageuse ; et puis nous n’allions pas bien loin, à soixante kilomètres à peine, et il s’avéra que le plus long fut encore de sortir de Lima pour rejoindre la panaméricaine. Nous fûmes tout de même rapidement sur le site dont la principale pyramide domine toute la baie de Pachacamac à l’ouest et l’immensité désertique à l’est. Superbe spot !
Nous avons ensuite ré-organisé le couchage en installant Michel dans le lit d’Amélie et pour elle, nous aménageons un campement de nuit, dans le salon.


Les premiers jours nous font longer la côte Pacifique tout en roulant exclusivement dans le désert le plus désert, la nada, le nothing, le wouallouh absolu. A Ica, nous bifurquons vers l’oasis de Huacachina où, sur les dunes géantes alentours, Céline, Iban et Papi essaient de faire du surf. Il fait un cagnard pas possible et Amélie et moi préférons, l’une la piscine d’un hôtel et l’autre la terrasse ombragée du bar de ce même hôtel… pour surveiller. Alors que je me désaltère, confortablement calé dans un fauteuil face au bassin, j’assiste à une scène merveilleuse. Amélie a lié connaissance avec deux petites filles, blanches et étrangères elles aussi, mais leur communication semble laborieuse. Soudain, Amélie se dirige vers moi d’un pas décidé et me demande :
Papa comment on dit soleil en espagnol ?
Se dice Sol. Puis j’ajoute, elles sont espagnoles tes copines ? Mais elle est déjà repartie et me lance à la cantonade :
Non, pas du tout ! Américaines ou un truc comme ça…
Quelques secondes plus tard, elles jouent à 1,2,3 Soleil.
Les gamines sont israéliennes, parlent hébreu ou anglais et ne pipent pas un mot de français. Les voilà donc toutes trois qui baragouinent en espagnol pour tenter de se comprendre et jouer ensemble. Je tiens à préciser que « un, dos, tres, sol » n’existe probablement pas sous ce nom là au Pérou et encore moins en Israël mais qu’importent leurs noms, tous les jeux de tous les enfants du monde sont les mêmes pourvu qu’ils s’animent de la même belle envie d’y jouer. Les filles se sont éclatées toute l’après-midi. J’ai adoré ce moment car il en dit long sur les relations humaines et l’ouverture vers l’autre, le différent. La langue n’est pas une barrière !


Au petit matin, nous avons quitté ce haut lieu du tourisme à la sauce « Tour-operator » et poursuivi gentiment jusqu’à Nazca et ses fameuses lignes.

Dans la région de Nazca, nous entrons sur un vaste plateau aussi aride que venteux. Le désert évolue, se fait moins volatile, plus rocailleux. La plaine vacille de chaleur et il nous semble apercevoir à l’horizon de grandes étendues d’eau. « Ho ! Un lac ! » s’écrie Amélie, qui sait depuis ce jour-là ce qu’est un mirage.
Peu après, un premier mirador s’offre à nous, tour de ferraille oxydée et érigée dans la plaine brûlante, à trois cents mètres à peine de la route. Il nous faut emprunter une piste pour le rejoindre et y grimper. Nous découvrons alors les premiers géoglyphes de la région, des lignes creusées à la surface du désert, dans cette couche de rocailles sombres et brûlées qui le recouvrent, jusqu’à ce qu’apparaisse un sol plus clair. Ainsi se font les lignes de Nazca. Du second mirador nous en verrons d’autres, le surprenant étant que nous marchions juste à côté sans nous en apercevoir. Il faut absolument s’élever pour distinguer les lignes et les différents dessins.
Nous ne prendrons pas un coucou de tourisme à beaucoup de dollars la demi-heure pour en voir plus.

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Décision est prise de commencer l’ascension vers Cuzco. On est un peu en avance sur le planning et c’est tant mieux ! Vue la claque qu’on a ramassé dans la Cordillère Blanche, ça nous laissera un jour ou deux de plus d’adaptation à l’altitude … et ce n’est pas rien. Cuzco est à trois mille six cent mètres et nous nous accordons trois jours pour la rejoindre en suivant une route de toute beauté. Nous franchissons des cols à Quatre mille cinq cent mètres et roulons toute la journée sur ce vaste plateau qu’est l’Altiplano andin, accompagnés par les adorables vigognes, les alpagas et autres lamas. L’ambiance est planante et à cette altitude, je ne trouve pas d’adjectif mieux adapté. L’objectif de cette première étape de montagne consiste à rejoindre un village en redescendant dans la vallée, mais toujours à près de trois mille mètres d’altitude. On se pose sur la place en fin de journée et participons à la tombola locale des pompiers, garés que nous sommes, en plein milieu du tirage. Finalement, nous ne gagnerons pas la cafetière, encore moins la machine à laver, et comme dirait Es Lo Que Hay : « C’est pas grave ».
Comme prévu, la nuit fut difficile pour tous.
Au petit matin nous recommençons à grimper et au sommet du premier col, alors que nous passons un péage d’autoroute, un gars sportif et barbu me demande si on peut l’aider. Il est anglais, cycliste, voyageur et en panne. Il a passé la nuit ici, à quatre mille et quelques, sous sa tente et en se les gelant. Nous étions cinq, nous voilà six et un vélo. Harry a trente ans, a quitté la Navy il y a un an et boucle son tour du monde à bicyclette. Il sera de notre voyage durant trois jours.

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Après une traversée de Cuzco en serrant les fesses (oui je sais, ça n’élargit pas les rues mais n’empêche..), on se pose enfin au « Lala camping », lieu de bivouac quasi incontournable pour les voyageurs de notre espèce. Il y a là une dizaine de camions, vans et camping-cars canadiens, allemands, suisses ou français, tous en quête d’un peu de confort. Pour être tout à fait précis, l’eau chaude à volonté dans les douches, les toilettes et le wifi étant les trois critères déterminants de ce que nous appelons désormais le confort. Cédric, Célia et leurs deux filles Lana et Maddy (Ma Famille en Ballade) arrivent aussi à Cuzco le lendemain. Amélie est aux anges, elle retrouve des copines croisées en Colombie deux mois plus tôt et disparaît littéralement du camion pour rester avec elles. Toute la journée, elles fabriquent des cabanes, des arcs et des flèches, des repas à base de terre et d’herbe ; elles jouent, en somme. Nous en profitons pendant trois jours et flânons dans cette magnifique ville de Cuzco. La civilisation Inca a laissé dans la région un nombre impressionnant de ruines et Papi Mich se régale. Les cartes SD se remplissent et défilent dans son appareil photo, soigneusement numérotées et rangées.

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Avec nos amis français nous décidons de visiter le Machu Picchu ensemble et réservons depuis Cuzco l’entrée au site pour le mardi suivant. De même, les routes étant inexistantes entre Ollantaïtambo et Aguas calientes (dernier village avant le site) nous réservons nos billets de train. Après une nuit à Pisac, nous entrons dans la Vallée Sacrée des Incas et quiconque s’y aventure s’incline devant autant de majesté et admet qu’elle est sacrément belle. Le Rio Urubamba l’irrigue de ses eaux tumultueuses, la dessine sinueuse et verdoyante, vaste couloir d’abondance entouré de sommets dégarnis. Franchement… La classe !

La vallée sacrée des incas

On se gare à Ollantaïtambo, sur cet immense terrain poussiéreux qu’est le parking municipal. C’est la fête locale et on en prend plein la vue : danses, costumes, traditions, etc.
Papi Mich n’en perd pas une miette, et à ce stade du voyage on doit être à 45 heures de film, (essentiellement de la route) et environ 18500 photos. Je balance ces chiffres au pif mais si par cas il y a possibilité de compter, Michel… justement je compte sur toi. Il faudra me le dire parce que désormais cette question me tarabuste : Mais combien de photos ? Combien d’heures de route avec les discussions, les commentaires des uns et des autres, les engueulades, l’intimité du camion en somme. Et tout ça avant même que nous ayons vu le Machu Picchu !
Je taquine un peu mais en vrai je trouve ça génial et, si je me projette dans l’avenir, je me régale déjà à l’idée de revoir ces images.

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Ce mardi, le réveil a sonné à 5h du matin et, après avoir englouti un copieux petit-déjeuner, nous voici tous dans les rues de Ollantaïtambo en direction de la gare. Le jour hésite encore à se lever quand nous prenons place dans le train. La bonne humeur est palpable, les blagues fusent et nos éclats de rire éclaboussent le wagon rempli de touristes tandis qu’ Amélie et Maddy, imperturbables, jouent à la poupée. À l’extérieur la végétation se transforme. En effet, au fur et à mesure que nous avançons en longeant le Rio Urubamba, toujours plus impétueux, nous descendons aussi. Ainsi, à notre arrivée à Aguas Calientes, nous sommes plongés en pleine jungle tropicale. Il fait chaud et humide ; la sensation de la cuisson vapeur, si vous préférez. Il est encore tôt et nous avons toute la matinée pour couvrir les cinq ou six kilomètres qui nous séparent du Machu Picchu car nous avons décidé de les faire « à pattes ». Non mais sans dèc ! En plus, sur la carte, les deux premiers kilomètres nous font gentiment descendre le long du fleuve jusqu’à un pont. On est à 2400 m d’altitude…. Pff, on en a vu d’autres. Si le Machu Picchu est la cerise, l’ascencion ça va être du gâteau !
Et en définitive ce ne fut pas de la tarte. Disons plutôt une pièce montée….
Iban est le premier en haut, suivi de Célia et Lanna, puis Papi Mich’, Céline, Amélie et Maddy. Cédric et moi sommes arrivés les derniers, en nage, mais il faut préciser que nous avons beaucoup discuté. Surtout les deux cents premiers mètres. Non, en vrai… dur dur !
Bon alors le Machu Picchu, on connaît tous la photo emblématique du lieu mais là, in situ, c’est pas la même.
Le site archéologique est imposant et sublime parce que lové, plus que posé, au sommet de la montagne qui lui donne son nom. Mais sur la photo il manque l’essentiel, à savoir la majesté de tout ce qui l’entoure. La cité, c’est le diamant central d’un diadème naturel, le joyau rare et fascinant, mais où que se porte le regard de celui qui découvre le bijou dans son ensemble, le vertige l’emporte. Vous raconter le vide de l’à-pic tout autour de la cité et le Rio Urubamba là, en-bas, tout en-bas ; vous décrire les sommets proches ou lointains qui l’entourent ; vous traduire l’énergie incroyable qui émane de ce point très précis du monde…. tout ça me semble au delà des mots et je ne risquerai en aucun cas de maltraiter avec les miens cet endroit extra-ordinaire ! J’ai atteint mes limites de narrateur. Je m’incline et ne peux guère plus que vous conseiller de vous y rendre pour comprendre. J’en reste là donc. Désolé, encore bouche bée.
Durant les trois heures que nous sommes restés sur site, on s’est perdu les uns les autres, puis croisés puis reperdus à plusieurs reprises. Mais qu’importe, chacun vit sa visite intensément, intérieurement.
La redescente vers Aguas Calientes fut longue et silencieuse, le retour en train aussi, la nuit de sommeil aussi. Ce qui s’appelle prendre une grosse claque !

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On est parti le sur-lendemain vers le lac Titicaca, remontant des cols et roulant de nouveau à plus de quatre mille mètres sur l’altiplano. La nuit nous rattrape sur le parking d’un supermarché de Juliaca et nous y restons pour la nuit. Ma Famille en Ballade est de la partie et nous convenons d’un spot pour bivouaquer, dans un petit village en bout de péninsule, Llachon, au nord du lac et loin de l’afflux touristique de Puno.
Pour nous y rendre, nous sortons de Juliaca et sommes abasourdis par la pollution plastique que nous découvrons le long de la route. C’est affolant, affligeant, dramatique. Nous sommes au cœur de la Cordillère des Andes, à 4000 mètres d’altitude, et avançons dans un dépotoir incroyable. Cette invasion de déchets est un véritable fléau. De l’Amérique du Nord jusqu’ici, nous avons fait un constat terrifiant de cette pollution. Un double changement s’impose. Le premier, sans conteste, dans une mise en œuvre de politiques limitant et finalement interdisant toute production de plastique. Il faut absolument adopter des alternatives, bouteilles en verre consignées, gobelets lavables, interdire le jetable, etc… Alors les pratiques individuelles s’adapteront. Mais aujourd’hui il est de notre devoir de mettre aux commandes de la politique de nos pays des hommes et des femmes qui font de cette cause environnementale une priorité. Sinon, la génération qui vient crèvera lentement comme les albatros, les tortues et les poissons, étouffée dans le plastique. De plus en plus de gens s’inquiètent du problème et il est indispensable que cette inquiétude se transforme en conscience politique si nous voulons le régler.
Amen.

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Nous sommes restés trois jours et deux nuits à Llachon, moins impacté par la pollution que Juliaca et Puno, à regarder la vie locale. Des bergères qui mènent leurs chèvres au lac discutent avec des pêcheurs de retour sur le ponton. La lumière est douce au petit matin, éblouissante en journée et chaude le soir. L’oxygène, lui, toujours aussi rare.
Nous allons visiter une communauté voisine, sur le lac, et nous faisons expliquer leur mode de vie. Leur île est artificielle, construite de leurs mains dans des blocs de terre et racines de roseaux ( le totora), liés entre eux et formant une plate-forme flottante de vingt mètres sur vingt… environ. Cinq familles vivent là, de la pêche comme l’ont toujours fait leurs ancêtres, et plus récemment du tourisme. Un mode de vie hallucinant de modestie. Nous continuons notre navigation sur le lac jusqu’à Puno, la principale ville de sa côte péruvienne et déambulons péniblement dans ses rues. À cette altitude, je vous le répète, une marche d’un kilomètre ressemble à un marathon mais qui plus est, le soleil inflige sa brûlure à quiconque néglige de s’en protéger. Ainsi, la moindre parcelle de peau exposée est susceptible de rôtir en moins de temps qu’il n’en faut pour l’écrire. En résumé, la vie ici est une redoutable épreuve. Ajoutons à cela que l’ambiance « flûte de paon jouée aux touristes » commence à me gaver sérieusement et vous comprendrez que dès le lendemain nous reprenons la route en direction de Arequipa, trois cents kilomètres plus loin et surtout deux kilomètres plus bas.
Durant le trajet, la fatigue générale se ressent, s’exprime en agacements divers, en vaines et stupides engueulades et jusqu’à Franky qui semble renoncer à dévorer l’asphalte. Alors que nous avons franchi un col à cinq milles mètres, il abandonne. Il n’a plus du tout de puissance et arrivé en troisième, commence à s’étouffer. Nous réussirons toutefois à rejoindre Arequipa dans l’après-midi, passant les vitesses en mode manuel sur la boîte automatique et le forçant à avaler les kilomètres dont il semblait pourtant ne plus vouloir.
De nouveau le confort qui se paie : la volupté de l’eau chaude à volonté, de la pelouse grasse et moelleuse, du Wifi illimité et d’une machine à laver pas loin. À partir de ce camping du centre ville d’Arequipa, et même à deux-milles-deux-cents mètres d’altitude, nous gambadons allègrement dans les rues, nos poumons enivrés d’oxygène. La ville est belle, de type colonial avec sa place centrale arborée et bordée d’arcades. Les rues sont pavées et pentues. Tout est ici bâti de pierre blanche et s’y promener devient un régal. Au petit matin, deux jours de repos plus tard, Papi Mich’ s’envole vers Lima, des images plein la tête et les cartes SD, des kilomètres plein les pattes et quelques kilogrammes en moins. Dans ce genre de voyage, il n’y a pas de place pour les faux-semblants, la représentation théâtrale. Nous avons passé trois semaines ensemble, H24, et pour ma part, j’en retiens la confirmation d’un sentiment dont aujourd’hui je ne doute plus. Mon beau-père est un homme peu expansif, discret, plutôt taiseux comme on dit, mais dont la caractéristique première reste la gentillesse. Il est de ces personnes qui ne pensent pas à mal et c’est un réel défi que de vouloir l’énerver, Iban s’y étant pas mal employé sans grand succès. Big Up à Papi Mich’ pour la performance. Je suis ravi, ses petits-enfants et sa fille aussi bien-sûr, qu’il soit venu nous rendre visite. C’était cool!
Ensuite, on a dû laisser Franky chez Mercedes durant deux jours, le temps nécessaire au diagnostic et à l’intervention des mécaniciens. En altitude, le manque d’oxygène allié à la qualité douteuse du carburant péruvien encrasse considérablement le pot catalytique. Voilà ! Quelques heures de démontage, nettoyage et remontage du pot quasi bouché seront nécessaires pour que nous puissions repartir pied au plancher et allégés de quelques dollars.
À nouveau, nous fonçons irrésistiblement vers l’Océan Pacifique.
Le Chili n’est pas très loin. Dans deux jours nous y serons.

3 commentaires

  1. Bonjour toute la famille, vous ne me connaissez pas mais Patrick oui. Salut c’est Pat, j’ai découvert votre site, votre aventure suite à un article dans S.O. C’est formidable et cela ne m’étonne pas de toi. Je dévore vos articles comme un roman sauf que c’est réel. On ne s’en lasse pas, on a en envie de connaître la suite et surtout j’admire votre courage et votre détermination à faire cette odyssée, avec beaucoup de philosophie et d’altruisme.
    Je suis fan et surtout bonne continuation.

    1. Salut Patrick,
      Tout d’abord, merci pour ton gentil mot. Tu as l’air de bien aimer nos articles et très sincèrement je m’en réjouis. On ne s’est pas vu depuis longtemps et ton message me touche d’autant plus. Je dois quand même t’avouer que durant cette parenthèse aventureuse, notre plaisir est tel qu’il ne peut que se partager. Ce serait trop moche de tout garder pour soi, quand bien même tout n’est pas racontable, comme ça, publiquement. Telle anecdote pourrait choquer quelques coincés et je la maquille un peu ou je m’abstiens totalement d’en parler… ou encore les mots peuvent me manquer tant l’émotion à décrire est intense, mais dans l’ensemble, l’intention reste le partage d’une aventure familiale sortant un peu de l’ordinaire. Et puis aussi, j’ai du temps libre, alors je m’occupe.
      J’ai quelquefois aperçu Pauline quand je travaillais à la PJJ sans jamais vraiment oser l’aborder. Tu enseignes toujours ?
      J’espère que tout va pour le mieux pour toi et peut être nous croiserons nous prochainement, ce serait chouette. 2019 sera l’année de notre retour en France et je te la souhaite la meilleure possible, à toi et aux tiens, depuis la merveilleuse Patagonie Chilienne. Je t’embrasse amicalement.

  2. Alors nous aussi, vous souhaitons et une belle et heureuse année. Alors oui je suis toujours prof. et c’est de plus plus dur mais il y a plus à plaindre . Emma a fait 18 ans en oct. 2018 (le temps passe vite).Et Pauline et moi toujours ensembles pour le meilleur et le pire, même si nous ne sommes pas mariés. D’ailleurs félicitation à vous deux.
    Bizzz.

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