Amérique centrale en camping-car, 2ième partie

Playa El Dominical, Costa-Rica, le 7 mai 2018.

Ha ! L’Amérique Centrale, ses chaudes averses, sa jungle tropicale humide et luxuriante ! Et bien vous repasserez ! Nous avons surtout roulé dans un paysage de collines jaunes et brûlées, parfois plantées de quelques arbres secs comme des triques et sur une route surchauffée, à l’horizon vacillant et flottant dans les ondulations de la chaleur. Parfois, quand on croisait des camions, sur des tronçons sans goudron, les nuages de poussières soulevés donnaient des allures de brousse africaine ou de bush australien à notre périple. Ainsi, en entrant au Honduras, le thermomètre embarqué affiche 44°C à 10h45 et nous passons quatre heures au poste frontière à thermostat 12 (position grill). C’est beaucoup trop à cette température ! N’importe quel cuisinier vous le dira.
Alors, le réfrigérateur flanche sérieusement et ne maintient plus que désespérément une vague tiédeur aux aliments qui l’encombrent. Ça décongèle dans le congélateur mais la fraîcheur y subsistant, c’est donc à l’étage supérieur que finissent les boissons, le beurre et ce qui nous fait office de fromage depuis des mois. Pour la première fois du voyage nous fermons toutes les fenêtres, poussons la climatisation à son maximum et ouvrons le capot du camion à chaque pause pour éviter que la chaleur du moteur ne rayonne vers l’intérieur. Nous nous réfugions dans un centre commercial dès que nous en croisons un. Nous ne pouvons rien faire sous peine d’accablement immédiat et de sanction instantanée : les gros fondent et les maigres sèchent.
Le Salvador et le Honduras espèrent la saison des pluies comme la France peut attendre l’arrivée du soleil, trempée par un hiver sans fin.


C’est donc la canicule qui nous chasse et qui réveille en nous quelques gènes hérités des origines de l’humanité, quand celle-ci s’ignorait encore et n’était qu’un peuple migrateur. Tels des réfugiés climatiques, nous migrons donc à la recherche de contrées plus clémentes. Et si je ne suis pas de ceux qui pensent que l’herbe est toujours plus verte chez le voisin, dans ce cas précis en revanche, j’en suis sûr.
Ici, nous avons eu très, très, très chaud !

C’est dans cet air brûlant que les passages de frontières se sont enchaînés : Sortie Guatémala/ entrée Salvador ; Sortie Salvador/ entrée Honduras ; Sortie Honduras/ entrée Nicaragua ; Sortie Nicaragua/ entrée Costa-Rica.
A chaque fois les formalités sont assez simples, mais parfois terriblement longues. Des agents de l’immigration ou des douanes, installés dans leurs bureaux climatisés, nous passent les traditionnels documents à remplir en faisant coulisser le plus rapidement possible la fenêtre de leur guichet, et en la refermant aussitôt et tout aussi vivement. Zip-Clac ! Il s’agit de minimiser le temps d’ouverture du four !
On remplit alors les différents questionnaires : Identité, n° de passeport, adresse, profession, provenance, destination, durée du séjour, combien d’argent, combien de valises, d’ordinateurs, de caméras, personne à joindre en cas d’urgence, immatriculation du véhicule, n°du moteur, n°du châssis, année, marque, modèle, couleur, combien de cylindres, combien de chevaux, permis de conduire, et j’en oublie. Ensuite on se traîne vers une bicoque toute proche où l’on y fait des photocopies en triple de chaque passeport et des formulaires complétés. Ensuite on retourne à l’immigration et attendons que l’examen de nos papiers soit validé, tampon à l’appui, avant de payer une taxe de sortie du territoire.
Ensuite on retourne faire une photocopie du passeport à la page du nouveau tampon, certifiant la sortie, puis on se dirige vers les douanes pour s’occuper de celle du camion. Ensuite on attend le nouvel examen. Ensuite on nous dit qu’il manque le tampon du service technique relatif à la déclaration du matériel vidéo. Ensuite on cherche et trouve le bureau des services techniques où un mec demande à voir les ordis. Ensuite on repart au camion pour lui montrer les deux PC portables de la famille mais il s’en fout superbement. Ensuite on repart dans son bureau où il tamponne négligemment un papier, autant qu’il s’en tamponne lui même. Ensuite on repart dans le bureau des douanes, on attend encore…un dernier quart d’heure de supplice. Pam ! Re-tampon, ça y est ! On peut quitter le pays.
Ensuite, on roule au pas sur trois cents mètres environ et puis on prend les mêmes et on recommence. Il nous faut à présent rentrer dans le pays suivant !
Et ensuite ?…
Ensuite, je n’ai jamais aimé les frontières et ça ne s’arrange pas.

Nous avons retrouvé un peu de fraîcheur lors d’un bivouac, sur la place centrale de Nindiri, au sud de Managua, Nicaragua. Ce soir-là, de nombreux manifestants défilèrent dans la ville dans une ambiance lourde et déterminée, scandant à qui mieux-mieux :« El pueblo unido, jàmas sera vencido ! ». Le peuple uni ne sera jamais vaincu. Quelques jours auparavant, une manifestation de la population exprimant son désaccord face à une réforme du système de retraites, prévoyant notamment de revoir à la baisse les pensions des anciens et d’allonger de quelques années les cotisations de retraite (tiens donc !…) s’était terminée sur un bilan désastreux : quarante-six manifestants tués, par balles policières, dont vingt-six étudiants ! Le gouvernement de Daniel Ortega, pourtant ancien leader et guérillero Sandiniste, porte et défend ce projet antisocial et nous permet à nouveau d’entrevoir ce terrible constat : les anciennes gloires révolutionnaires sont devenues des libéraux, et comble de la perfidie, en utilisant leurs vieux costumes d’hommes du peuple. L’exercice du pouvoir ainsi tronqué suscite un brin d’amertume dans la population (tiens donc !…) car les plus nécessiteux et les plus vulnérables, le seront toujours un peu plus, victimes de leur crédulité et de ces lois dévastatrices appelées « réformes ». Des négociations sont en cours entre gouvernement et opposants…
Bilan : c’est partout pareil !
Puis le vent s’est levé, amenant dans ses courants d’air des odeurs humides, des promesses d’eau. Dans le ciel bas, les éclairs précèdent de moins en moins le tonnerre et finalement, la pluie vient laver les rues et rafraîchir le monde.
Nous quittons le Nicaragua deux jours plus tard avec deux enfants malades à bord. Chacun son otite ! La semaine dernière je leur avais pourtant dit de ne pas se baigner dans cette piscine aux eaux plus que suspectes mais la chaleur avait eu raison de mes conseils. Après une auscultation gratuite au centre de santé de Peñas Blancas, nous repartons avec des antibiotiques, des gouttes auriculaires et une consigne stricte : pas de baignade pendant une semaine au moins !
Dans une heure nous serons à l’entrée du Costa-Rica et la végétation se fait plus verte à chaque kilomètre parcouru. Bon, je vous refais pas le coup des formalités de frontière…
Nous avons repéré, sur iOverlander, un spot pour la nuit, une sorte de camping tenu par un couple de suisses et à quelques kilomètres de la frontière, côté Costa Rica. Les commentaires de voyageurs sont unanimes et élogieux, nous sommes à trente minutes, nous nous y rendons, donc.
Nous quittons la route principale pour cinq kilomètres de piste, pénétrons dans la forêt, passons un pont brinquebalant et entrons dans la finca. Nous retrouvons un couple d’allemands croisés un mois plus tôt au Belize, faisons la connaissance de deux jeunes cyclistes anglais en route pour la Terre de Feu, et deux couples d’israéliens avec leurs enfants. Je profitais d’une faible connexion wifi, sur la terrasse qui surplombe la rivière quand Guido, le patron du lieu, demanda à chacun des voyageurs présents si il voulait bien accepter un verre de son rhum préféré. Par politesse et tout de même un peu gêné, je n’ai pas osé refuser. Comme il était très bon, il nous a remit ça. Pour les amateurs, c’était un Flor de Caña 7 ans. La soirée s’est terminée autour du bungalow de nos amis israéliens, guitares et chansons, à toi, à moi, et discussions autour de leurs représentations de la France, pays de la culture, de la fraternité et de la justice sociale. Autant vous dire que sur les deux derniers points, j’ai cassé le mythe ! De la même façon nous avons évoqué Israël et le poids de leur nationalité, eux qui condamnent la politique d’extrême droite de leur gouvernement. Ils ont fui leur pays, jugeant insupportable ce qui s’y passe et souhaite faire leur vie ici, au Costa-Rica, en paix. L’athée que je suis savoure ce moment. Le père que je suis se délecte de voir son fils ébahi par la sagesse de nos amis. Il saura répondre aux propos ignorants et haineux des antisémites primaires arguant que les juifs ceci et les juifs cela. Les voyages forment la jeunesse !
Le lendemain, nous avons fait une balade dans la forêt et le long de la rivière en leur compagnie. Nous avons aperçu des crocodiles, une foule d’oiseaux multicolores, des singes hurleurs ou araignées et ces incroyables paresseux. Cet animal semble vivre dans une autre dimension ! Que contient son cerveau ? Des litres d’antidépresseurs ? Un vide sidéral ? Un unique neurone d’indifférence ? Il est absent et pourtant présent et l’observer devient épuisant, comme contagieusement soporifique. Une vraie énigme cet animal !

Le lendemain nous saluons la compagnie internationale et reprenons la route.
Notre première halte se fait dans un village où nous décidons d’une pause jus de fruit. A peine descendus du camion nous apercevons une famille d’iguanes énormes qui vient squatter la terrasse du bar. Pas rassurés quant aux intentions de ces bestioles préhistoriques, nous les filmons viteuf et nous échappons. La nature à l’état sauvage au Costa-Rica, c’est pas du flan !

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Nous avons poursuivi notre chemin vers la capitale du pays, San Jose. La jungle s’épaissit et toutes les variantes du vert sont représentées alors que les averses nous surprennent quasi quotidiennement.
Nous allons rendre visite à Rafael, chez lui à Cartago, à une heure de route de San Jose. Ce jeune professeur de français costaricien a passé une année en France, en 2012 je crois, et enseignait l’espagnol aux élèves de l’école primaire de Saint-Sever. Iban avait appris ses premiers mots de castillan en sa compagnie. Mais ce qui nous avait permis de rencontrer véritablement Rafael tient au fait qu’il était hébergé, durant toute cette année scolaire là, chez nos amis Jean-Marc et Sandra. Ces derniers étaient d’ailleurs venus au Costa Rica il y a tout juste un an avec leurs enfants pour lui rendre visite et en étaient revenus enchantés.


Lorsque nous sommes arrivés à Cartago, Johanna, la tante de Rafael nous accueillit dans la simplicité et la plus grande sollicitude. Elle nous invite à entrer dans la petite maison familiale, nous indique qu’elle a préparé un repas de bienvenue et que nous pouvons utiliser sa salle de bains comme bon nous semble. Nous saluons la grand-mère maternelle, notre hôte du jour dont la gentillesse se note au premier regard, et Rafael n’étant pas encore rentrer de la faculté, nous profitons de ce délai pour nous doucher et nous changer. Les quelques jours qui suivirent ne furent que repos et échanges sur nos cultures respectives, repas confectionnés à tour de rôle et rigolades. Avant de quitter cette adorable famille nous allons visiter ensemble le volcan Irazu qui domine la ville à 3500m d’altitude. En guise de remerciements nous offrons à Johanna quelques échantillons de produits de beauté français, à Rafael quelques échantillons de parfums français et à sa grand-mère une bouteille de vin rouge, un tire-bouchon et un service de six verres à pied, en lui conseillant d’en boire un verre chaque jour. C’est qu’elle semble apprécier le breuvage, et d’autant plus que Jésus l’avait recommandé en personne voilà deux mille ans ! Nous recevrons maintes bénédictions de sa part au moment du départ.
Nous empruntons ensuite la route qui nous mène vers la péninsule d’Osa en franchissant le « Cerro de la Muerte » (le col de la mort),un nom on ne peut plus approprié aux vues des lacets infernaux qui le dessinent. Le moindre défaut de concentration entraîne ici une inévitable sortie de route qui sera aussi très certainement la dernière. Flippant trajet ! Il nous faudra six heures pour parcourir les deux-cent-cinquante kilomètres qui nous séparent de la côte Pacifique et de la plage de El Dominical.
Soulagés d’être arrivés, nous découvrons ce village entièrement dédié à la culture surf et nous garons sous les arbres face à l’Océan. Les vagues sont superbes, les gens très cools et Iban au paradis ! L’otite est un mauvais souvenir et il passe le plus clair de son temps à l’eau, améliorant ses « take off » et sa glisse, de cession en cession. Il est prêt pour une sortie avec ses tontons surfeurs. Qu’ils se le disent !
Sur la plage de galets, Amélie met en place une usine à cailloux. Elle en choisit précautionneusement des colorés qu’elle fend en deux pour découvrir leur intérieur et s’extasie devant la beauté minérale de son travail. Le plus dur reste à faire : les vendre. Je lui en achèterai deux après d’âpres négociations.

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Mais le temps passe et il nous reste encore un bout de chemin à faire jusqu’au Panama et l’arrivée de mamie ballon le 18 mai prochain. Alors, nous repartons, encore, mais cette fois sous des trombes d’eau. La saison des pluies s’installe sur l’Amérique centrale au grand soulagement de tous, sauf peut être de ce couple de motards français qui songe à suspendre leur voyage pour deux mois en rentrant au pays. Ils reviendront à l’automne pour continuer leur descente vers l’Amérique du Sud. On comprend et compatit.
Alors que nous allons franchir la frontière panaméenne, Amélie souffre à nouveau terriblement de son oreille. Son otite est repartie de plus belle. Nous stoppons d’urgence dans la dernière ville du Costa Rica et en repartons trente minutes plus tard bien allégés. Consultation du médecin : 60 dollars. Antibiotiques et gouttes auriculaires : 130 dollars.
C’est un pays où il vaut mieux avoir la santé… en particulier si tu n’as pas d’argent.

Nous sommes depuis hier à Las Tablas, sur la côte Pacifique du Panama, et avec mamie ballon.
Dans deux semaines elle repartira en France avec Iban et Amélie et je sens que ça va nous faire tout drôle.
Affaire à suivre…

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