Alaska Highway, part 2

Williams Lake, Colombie Britannique, le 31 août 2017

La vie en camping-car et en famille s’avère plaisante mais répond à une condition essentielle : la météo. chacun ressent le besoin de s’aérer quand nous bouclons une étape et c’est certainement ce qui nous a manqué à Whitehorse : prendre l’air. Il pleuvait, ventait et caillait. On peut ajouter à cette morne et fraîche ambiance, celle d’une ville où les gueules de durs sont raccords avec leurs mains calleuses, une ville où ça sent l’or et le jade, une ville pour Didier l’Embrouille. Pour finir de nous convaincre qu’il était temps qu’on bouge, on s’est fait « emprunté » sur la CB 300 dollars sur une caisse enregistreuse, comme une demande d’autorisation, pour un achat que, finalement, nous ne faisons pas. Ils nous seront re-crédités dans quelques jours, nous assure t-on. Ok. (Et ce fut le cas ten days after.)

En attendant, comme c’est la fin du mois aussi dans le Yukon, il en résulte qu’après courses et plein, on a plus un kopeck canadien pour les cinq jours à venir. Vous comprendrez que tout le monde fut d’accord pour mettre cap au sud.

Allons nous en ! Rebroussons chemin jusqu’à Nugget city où nous ne nous arrêterons pas manger ! Et puis plein sud jusqu’à Boya Lake ! Car ça sonne, Boya Lake !

Nous nous garons au bord de l’eau, déployons la terrasse et sa couverture et cinq minutes après, Amélie et Iban partent à l’attaque, canne à pêche ou épuisette en main. Quelques vers de terre, ramassés le matin même durant une pause et mis au frais dans un ancien pot de confiture bonne maman, trouvèrent rapidement leur vocation à nourrir tous les vairons du coin.

– « Gardes les plus gros Iban, ils feront de jolis vifs ! Demain on pêchera avec. »

  • « Ha ouaiiiiiis ! J’suis taqué chaud ! »

Il en attrapa une douzaine, assisté d’Amélie. Celle-ci sauva, au passage, une vaironne enceinte d’un funeste destin d’appât. –

-Vraiment papa, on ne peut pas faire ça hein ?

      • Houlàlà non ! Surtout pas ! Relâchons-la délicatement la pauvre. Tu t’en occupes ?

Pour être chaud, Iban le fût ! Il prit trois magnifiques truites de fond pendant que moi, je prenais l’air, je prenais rien et surtout, je prenais l’air de rien et pour tout dire, j’avais même l’air un peu con, images à l’appui, debout dans la barque avec mon épuisette et cherchant à y introduire la truite qu’Iban avait ferrée. Enfin, aucune ne nous a échappé, nous en avons mangé deux, et les filets de la troisième sont au freezer. Ce fut délicieusement simple, au bord du lac, à la plancha, sur feu de camp, huile d’olive et sel … Pô pô pô…. Petit bonheur.

Nous avons fait du canoë durant deux jours sur ce grand lac biscornu, parsemé d’îles sauvages boisées de pins, et dont les eaux se teintent du bleu que lui confèrent les différentes profondeurs. Ainsi, un bleu aigue-marine en bordure, puis turquoise en prenant un peu de fond et jusqu’au bleu nuit quand nous avons 10 ou 12 mètres d’eau sous les fesses. C’est dans ces zones profondes que nous avons pêché.

Au détour d’un îlot, une crique cachée abrite un impressionnant barrage de castors. En fait, c’est une digue de branches et de troncs, de quinze mètres de long et dépassant de la surface d’un bon mètre cinquante. Quant à l’architecture, nous sommes bluffés par la technique de l’enchevêtrement à ce point de maîtrise. Nous avons vus des castors, tôt le matin ou au crépuscule, traverser des bouts de lacs emportant dans leur gueule des branches de toutes tailles. Au boulot les types !

Barrage de castors

Le troisième jour nous quittons ce camp, ravis, en direction de Stewart à la frontière sud de l’Alaska. C’est, d’après Kevin de Washington, l’endroit parfait pour voir des ours pêcher des saumons. En live ! C’est à 400km et on ne fait pas un grand détour. Let’s go!

Durant le trajet, sur la route 37 qui nous y mène, nous assistons à un véritable défilé et comptons 13 ours noirs, dont des mères et leurs petits, et le quatorzième un peu avant d’arriver à destination, un superbe Grizzli. On est heureux et heureux d’être dans le camion….

Il règne une ambiance de bout du monde à Stewart, village entouré de pics et de glaciers et niché au fond d’un fjord : une voie sans issue en somme. Ici, la forêt pluviale semble habillée de pulls verts fluos en raison de l’impressionnant amas de mousses qui habille les branches et en déborde comme des manches trop longues. Nous campons là-dedans ou là-dessous, comme vous préférez, et trouvons de magnifiques girolles aux pieds des cèdres les plus vieux. Avec quelques patates…. On en salive d’avance.

Le lendemain nous passons la frontière, au bout de la rue, et entrons à Hyder, en Alaska, c’est à dire aux USA. Croyez le ou non, c’est sans doute la frontière américaine la moins surveillée du monde !

Pas un douanier, pas un uniforme, personne côté américain ! Ce n’est qu’au retour que la douane canadienne contrôlera nos papiers. Ça s’explique…

Frontière!?

Hyder, c’est une ville fantôme ou presque, et seules quelques bicoques d’une autre époque bordent la rue, la plupart abandonnées. Et puis le goudron laisse rapidement la place à une piste de graviers qui, durant 32 km, grimpe le long de la Fish river jusqu’aux pieds du gigantesque Salmon Glacier. Et puis plus rien… que de la glace et des pics rocailleux sur des centaines de km. Certainement pas un passage couru pour l’immigration clandestine !

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A la sortie de Hyder, juste avant que la route ne devienne piste, il y a un parking et à son extrémité, un portail en bois. Il ouvre sur une passerelle qui longe la rivière en la surplombant de trois bons mètres. Là, au cœur de la forêt, dans un cours d’eau de deux mètres de large et à fleur de cailloux, des milliers de saumons revenus de l’océan Pacifique pour se reproduire dans leur ruisseau natal, s’emploient à leur exercice amoureux. Des goélands harcèlent les poissons vivants et becquettent gouluement les morts, puis un héron se pose, de l’eau à mi-tchanques, et vient lui aussi faire bombance de saumon frais. Un ours déjà bien gras sort des fourrés, approche nonchalamment de la rive et se poste à l’affût, attendant l’imprudent poisson qui passera à portée de pattes. Il y en a tellement ! Un premier… non, il a filé. Un autre se présente et ce coup-ci l’ours se jette, dans une tentative de plongeon certes convaincu mais un brin lourdaud. Raté ! Il ne semble pas affamé, loin s’en faut, et repart dans les bois en emportant un des vieux restes qui jonchent la rive comme on grignotte un en-cas ou un quatre heures.

La chance nous sourit et nous verrons deux autres ours noirs sortir de la forêt.

En vérité on se croirait dans notre propre reportage de National Geographic… alors on joue aux reporters.

Conclusions : 1/ Chez le saumon du Pacifique, l’amour n’est pas facile.

2/ Nous avons la sensation d’en avoir terminé avec le nord du Canada.

Demain nous repartons vers le Sud. On a envie de chaleur. Nous évoquons la vallée de l’Okanagan, réputée pour ses fruits et en particulier son raisin dont les vignerons du quartier font un excellent vin. C’est bientôt l’heure des vendanges non ?

Feu partez ! Rendez-vous aux chais !

Affaire à suivre….

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3 commentaires

  1. quelle expédition !!!! Que de souvenirs !!! Iban va devenir un pêcheur aguerri !!! Et toi aussi Amélie tu vas nous raconter toute cette aventure quand nous viendrons vous voir !!!! Gros bisous à tous les quatre !!

  2. on supporte le “capet”, ici c’était la rentré hier, j’suis sur que ça fait plaisir aux enfants de pas l’avoir faite, on vous embrasse tous !

  3. Amélie ma choupinette toujours aussi sensible à la vue des animaux.
    Iban de plus en plus beau, tu es un PRO de la canne à pêche.
    Continuez ! votre périple est passionnant semaine après semaine ….on a hâte de savoir la suite.
    Pour ma part, très bonne idée de descendre vers le soleil et la chaleur, j’aimerais passer Noël en short et tongs …
    Gros bisous mes chéris je pense fort à vous.

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