Alaska Highway, part 1

Stewart, Colombie Britannique , le 28 août 2017.

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Voilà bientôt trois semaines que nous n’avons rien rapporté de nos aventures … et pour cause ! Il est des lieux sur cette terre, au 21ème siècle et dans un riche pays nord-américain qui vous rappelle qu’un bon briquet et une canne à pêche valent mieux qu’un téléphone portable.

Nous avons quitté Prince George et son ciel apocalyptique en direction du Nord, avec le Yukon en ligne de mire et pourquoi pas l’Alaska, tant que nous y étions. En pleine lecture du « vagabond des étoiles » de Jack London, il était dit que nous ne résisterions pas à l’appel de la forêt !
Ce fut pour nous quatre une révélation. Nous avons vu des ours noirs ou bruns, des caribous et des aigles, des castors au travail, des saumons par centaines et des troupeaux de bisons. Nous avons aussi pêché nos truites dans des lacs aux eaux cristallines et cueilli des girolles au pieds de cèdres gigantesques dans une expérience inédite de communion avec le sauvage. Cerise sur le gâteau, nous avons vu une aurore boréale. Le Canada tel qu’on se le rêvait.
Je ne vous casserai plus les pieds avec la grandeur de la nature telle que nous l’avons vue défiler en roulant, ayant déjà utilisé une foule d’adjectifs pour décrire notre béatitude, mais pour nous quatre la cause est entendue : Au Canada, la route est un grand spectacle permanent, un filament de civilisation goudronnée, tiré dans une immensité sauvage.

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Au sortir des parcs nationaux des Rocheuses, nous avons fait une pause technique (linge, courses, etc.) à Prince George, la grande ville du nord de la Colombie Britannique.
Le lendemain de notre arrivée au camping Blue Cedar, nous nous sommes réveillés dans une atmosphère d’étrange brume, lourde et statique, de sorte qu’à midi, le soleil n’éclairait pas plus qu’une pleine lune dans un ciel gris-jaune, sale. On aurait dit une boule pâle à la lumière tamisée, filtrée ou, plus exactement, fumée. Nous l’avons compris quand il s’est mis à neiger des cendres ! Oui, chers lecteurs, il neigeait des cendres à Prince George à la mi-août et ce, en raison de violents incendies qui ravagent le sud de la province depuis deux mois, à 300 kilomètres de là. Les véhicules roulent en pleins phares du matin au soir, on ne sait plus quelle heure il est, l’air devient de moins en moins respirable et tout se recouvre de cendres. Sale temps pour les asthmatiques que nous ne sommes pas…. mais on se barre quand-même !
Les routes menant plus au sud étant fermées, nous prenons donc plein Nord, direction le Yukon.
Nous sommes donc partis, fumés comme des saumons, et n’avons revu le ciel que 100 km au nord de Prince George. On nous apprend alors que ce nuage s’étend depuis Seattle à plus de 2000 km d’ici. Hil dou diable ! Ça doit cramer sévère.

Lors d’un arrêt casse-croûte, nous constatons qu’un des pneus arrière est très dégonflé et le prochain bled est à 80km. Il faut avoir conscience de ce qu’est un bled sur la carte, dans ces contrées. C’est une station essence qui fait resto, épicerie et propose même parfois quelques piaules mais c’est plus rare. Lorsqu’on quitte ce genre de lieu, immanquablement un panneau signale le prochain et nous met en garde : « Check your gas. Next service 162 km. » … par exemple.
On a réparé la valve fautive à Chetwind puis avons continué par Fort St John et Fort Nelson où, allez savoir pourquoi, j’ai eu une pensée pour Nelson Montfort. Vue l’ambiance bûcherons du quartier, j’ai aussitôt cessé d’envisager qu’il pouvait être originaire de là. Bref…
Depuis plusieurs jours nous voyons aussi des panneaux de mise en garde quant à la présence d’ours mais malheureusement, nous n’en avons toujours pas vu. Des élans, oui, des aigles et des caribous aussi, mais pas le moindre museau d’ourson à l’horizon quand nous arrivons à Liar River Hot-Springs.

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Nous bivouaquons dans le parc régional qui abrite ces sources d’eau chaude, déployons le auvent pour cause de pluie et installons chaises et tables en prévision d’une éventuelle partie de belote au retour du bain. Nous nous rendons aux sources en famille en suivant un chemin de planches qui serpente dans la forêt et qui aboutit en son cœur au bord d’un bassin naturel et fumant. L’eau y est limpide, peu profonde et à la sortie de la source, elle coule à 52°C. Le cadre est idyllique et le bain n’en est que plus apaisant. Ainsi nous retournons au camp, délicieusement relax, comme au sortir d’un hammam, rouges et mous.

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Je m’installe alors sous le auvent avec une bière et une clope, les jambes étendues sur la chaise en face, savourant ce moment de pure détente au beau milieu de la forêt boréale, et je rêvasse. Un craquement de branche me sort de ma torpeur et avant que j’aie pu me poser la moindre question quant à ce bruit, un ours noir adulte surgit de la forêt, à trois mètres de moi, lancé en pleine course ! Je doute fort que ma position avachie l’ait impressionné, mais dès qu’il m’a vu, il a fait un dérapage en angle droit pour changer de direction et continuer sa course. Stupéfait, sidéré, je n’ai pu que me redresser pour mieux me rasseoir, chancelant, flageolant, hébété, ahuri! Quelques instants plus tard, un garde du parc accourt avec une bombe lacrymogène anti-ours et je lui indique la direction prise par l’animal. En définitive, ce dernier fuyait et n’était en rien agressif mais bon…
Enfin, j’étais l’homme qui avait vu l’ours ! Et d’ici quelques jours, remis de mes émotions et au fil des rencontres, je raconterai sans doute que je suis l’homme qui a fait peur à l’ours, qui lui a conseillé du regard de vite déguerpir de son campement avant qu’il ne se fâche.
Plus sérieusement, ce soir là, j’ai gardé un sourire bêta aux lèvres. Je souriais à ma chance.

 

Le lendemain nous repartons car la pluie s’intensifie et à peine avons nous parcouru quelques kilomètres que nous apercevons, au loin, une tâche noire dans l’herbe verte du bas-côté . Un ours !
Nous nous garons à sa hauteur, il est en lisière de forêt et se régale d’herbe grasse et de fleurs. Une vraie tondeuse le machin !

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Il ne fait absolument pas cas de notre présence et nous dégainons appareils photos et vidéos pour une séance de pose de 15mn. Il est à vingt mètres de nous et le spectacle qu’il nous offre est un régal. Cette fois, tout le monde en a profité.
Plus loin nous croiserons d’impressionnants troupeaux de bisons qui sèment le trouble sur la Alaska Highway et nous pensons aux dégâts que pourrait causer le « pare-chocage » d’un pareil bestiau. Huchh !

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Nous arrivons enfin à Watson Lake dans le Yukon et allons bivouaquer au bord du lac, à l’arrache. On fait un feu de camp, on mange entre deux lancés (on vise notre première truite de lac) et reparlons de la route et des animaux vus. Puis, au moment du coucher, alors que l’horizon revêt une écharpe doucement bleutée, nous voyons se détacher dans le ciel immense un ruban de soie vert pastel et qui flotte et se laisse emporter par un courant d’air mystérieux. Des Northern lights ou, comme on dit en Chalosse : «  Té Té Té !!…. Ho con ! Une aurore boréale !!».
Nous étions le 18 août et le lendemain, c’était la journée de la barbe à l’Uzine à Gaz.

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Nous avons passé deux jours à Watson Lake puis avons pris la route du Klondike, celle de la ruée vers l’or, en nous enfonçant dans le Yukon.
Arrivés à Whitehorse il pleut des cordes et on se les gèle. La météo nous dissuade de poursuivre vers Dawson City encore plus au nord et nous convenons qu’il est temps de mettre Cap au Sud.
Cette partie du voyage, la redescente vers le Sud, a commencé de façon sublime. On vous racontera ça très bientôt.

C’est la fin de l’été, nous partons de 60° de latitude Nord et nous visons la Patagonie, là-bas, tout en bas.
Comme le dit la chanson : « Tant mieux si la route est longue / Je ferai le tour du monde. »
Affaire à suivre…

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3 commentaires

  1. La libertad, Sancho, es uno de los más preciosos dones que a los hombres dieron los cielos; con ella no pueden igualarse los tesoros que encierran la tierra y el mar: por la libertad, así como por la honra, se puede y debe aventurar la vida.
    Miguel de Cervantes (1547-1616) Escritor español

  2. Arrêtez donc de voler des images sur Google.. Hihihi…
    Superbe récit.. On le vit et je me dis que saint sever doit être bien loin.. C’est extraordinaire cette aventure. Bonne route. Des bises de chalosse sans ours et bison..

  3. que d ‘aventures……….l’épisode de l’homme face à l’ours !!!!!ouah
    bonne continuation a vous 4
    la basquaise

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